Des enjeux globaux à la contribution des progiciels pour une logistique durable.
Le système Terre, cet inconnu
Le système Terre est fondamentalement un objet de confiance. Depuis des milliers de générations d’êtres humains il porte nos pas.
Si on peut deviner ou supposer l’angoisse des hommes pensant que le soleil pourrait ne pas réapparaître, la science a permis de comprendre le mouvement des astres et a détruit l’objet même de cette angoisse. Nous vivons aujourd’hui dans l’illusion de la connaissance du système Terre.
Pourtant, le système Terre reste une grande inconnue malgré tous les outils dont nous disposons pour en modéliser la complexité.
Nous sommes encore plus démunis aujourd’hui alors que l’augmentation de la température risque de déséquilibrer le système que nous connaissons et qu’il nous faut décider des actions pour réduire l’ampleur des bouleversements attendus et ne pas dépasser de seuil irréversible et cumulatif.
L’enjeu est grand pour les décennies à venir et même pour les siècles à venir. En effet, même si nous réussissons à limiter l’augmentation des températures à 2 °C au-dessus du niveau de température de l’air prêt industriel (avant 1850), le réchauffement de l’atmosphère, la perturbation du régime des précipitations ou l’élévation du niveau des mers, perdureront pendant des millénaires après l’arrêt des émissions de CO2 (travaux de plusieurs climatologues, notamment Pierre Friedlingstein, Directeur de recherche à l’Institut Pierre Simon Laplace, Laboratoire des Sciences du Climat et de l’Environnement).
Par ailleurs cet objectif d’une limitation de l’augmentation à 2 °C n’est pas une frontière entre une situation sans modification est un monde ravagé par les changements climatiques.
Des modifications sont mêmes déjà très sensibles dans certaines zones du monde.
Ainsi la désertification de l’oasis de Minqin, dans la province du Gansu, en Chine, rétrécit chaque jour et 300 000 personnes endurent les agressions des vents de sable, qui frappent toujours sans prévenir. (Article publié sur Courrier International le 1er octobre 2009 : «Chen Fuguo est bien sûr contraint d’économiser l’eau au maximum. Le matin, il se contente d’un bol d’eau pour se laver le visage et il met de côté l’eau utilisée. Au bout de plusieurs jours, il a ainsi assez d’eau pour laver ses vêtements. Il garde encore l’eau de lessive pour la donner à boire, une fois filtrée, à ses animaux - dix moutons, un cochon, un chien et dix poulets. Malgré tous ses efforts, il lui faut quand même aller acheter de l’eau trois fois par mois au canton, à 5 kilomètres de là. Comme il ne possède pas de tracteur ni de bêtes de somme, il doit la rapporter sur une charrette à bras qu’il tire avec l’aide de sa femme.” La fonte des glaciers des plateaux du Tibet qui alimentaient cette oasis rend cette désertification irréversible…
Des modèles de compréhension et d’action
Les actions à mener concernent trois niveaux qui se combinent et se répondent : les États, les individus-citoyens et les entreprises et se déclinent sur trois dimensions qui peinent à se croiser : humanité, sciences et économie.
Au niveau global, des modèles scientifiques tentent de modéliser la chaîne qui, depuis les activités humaines, permet d’anticiper les bouleversements à venir, en passant par la concentration moyenne de gaz à effet de serre dans l’atmosphère et la température moyenne à la surface du globe.
Ci-dessous l’augmentation de la température selon différents scénarios d’émissions de gaz à effet de serre et un schéma des interactions entre changement climatique et autres problèmes.
Cette première série de modèles a notamment pour objet de définir des objectifs partagés concernant l’augmentation de la température et les concentrations de gaz à effet de serre maximum.
Une deuxième série de modèles est utilisée pour travailler sur les mesures incitatives à mettre en place pour atteindre ces objectifs. Ces modèles davantage économiques sont eux aussi globaux et doivent répondre à une question très sensible sur la répartition des efforts entre les pays et doivent envisager tous les aspects de la question y compris les effets de la désertification ou de l’immersion de certaines zones, des bouleversements climatiques associés et des mouvements de réfugiés qui en découleront.
Les deux grands axes de réflexion pour déclencher les effets des leviers nécessaires sont TAXES CARBONE ou « CAP and TRADE » complété d’un volet réglementaire de plus en plus touffu.
Ces différentes incitations ou mesures s’appliquent aux entreprises et aux citoyens. Davantage sensibilisés aux enjeux du développement durable, ces derniers commencent à consommer de façon différente. Dans un contexte de crise, d’augmentation du chômage, l’évolution de la consommation est très incertaine.
Etats et citoyens, consommateurs et salariés, ont un impact sur les entreprises qui n’agissent et n’agiront que si leur pérennité n’est pas en jeu et donc dans la limite de l’adhésion de leurs clients à leur évolution ou si elles peuvent en retirer des avantages financiers.
Ces changements au niveau des entreprises peuvent être évalués sur 3 degrés (proposition du GESI dans son rapport smart 2020) :
- Standardiser, Contrôler et Rendre compte
- Redéfinir
- Transformer
Standardiser, Contrôler et Rendre compte 
La standardisation permet notamment de définir les normes qui s’imposent à tous comme celle qui définit les niveaux d’émission pour les nouveaux véhicules qui arrivent sur le marché.
La mise en place des outils de mesure pour avoir une connaissance plus juste des consommations d’énergie et des émissions de gaz est nécessaire à leur contrôle. Les logiciels peuvent intervenir à ce niveau, par exemple en équipant les camions d’informatique embarquée pour récupérer des informations nécessaires à l’analyse de leur consommation et par la suite à l’adoption d’une conduite plus économe. Les logiciels interviennent plus largement pour la récupération ou la collecte des données dans des systèmes différents, les rassembler dans un environnement unique et fournir les outils de lecture et d’analyse.
Des outils sont également proposés pour réaliser des audits, dans des formats de contrôle interne classique ou bien sous forme d’auto évaluation, participant ainsi à la sensibilisation de tous les services de l’entreprise.
Enfin, les entreprises sont désormais soumises à des obligations de reporting non seulement financier mais également sociétal et environnemental. Un chapitre dans lequel les progiciels interviennent pour la collecte et la mise en forme des données.
Ce chapitre ‘standardiser, contrôler et rendre compte’ est le chapitre le plus investi aujourd’hui dans les entreprises et une offre de progiciels se structure pour répondre aux besoins correspondants. Le calcul de l’empreinte carbone des produits proposés sur les rayons est par exemple, aujourd’hui, un sujet sur lequel de nombreux éditeurs travaillent.
Redéfinir
Ce second chapitre est moins générique et doit davantage être envisagé par secteur d’activité ou par domaine fonctionnel. Redéfinir la logistique est un sujet de réflexion d’un nombre croissant de logisticiens. La mise en place d’une gestion mutualisée des approvisionnements, de centres de consolidation logistique, de ferroutage jusque dans le centre des villes… s’inscrivent dans cette dynamique.
Il s’agit, sans remettre en cause les fondamentaux actuellement en vigueur, d’optimiser ou d’envisager les choses différemment, dans un sens plus respectueux de l’environnement.
Des réflexions passionnantes sont menées aujourd’hui pour redéfinir la logistique mondiale. Une piste intéressante, dont les centres de consolidation constituent peut-être une première étape, propose la transformation de la logique actuelle par chaîne de valeur en une logistique territoriale permettant une véritable optimisation globale et partagée (voir le Future Supply Chain 2016 Rapport)
Transformer
La transformation suppose d’aller plus loin encore, jusqu’à remettre en cause les fondamentaux de la logistique telle qu’elle est organisée aujourd’hui? Un exercice particulièrement difficile à l’heure de la mondialisation et dans une culture où la mobilité est synonyme de liberté.
Déjà, le débat est entamé lorsque le cabinet McKinsey écrit en septembre 2008 un article intitulé ‘Time to rethink offshoring?’
Nous avons fait quelques pas sur un chemin qui sera certainement difficile. Il nous faut persévérer, encore.
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